Au Maroc, 3600 nouveaux cas d'insuffisance rénale chronique (IRC) s'ajoutent chaque année au nombre de patients souffrant déjà de la maladie.
L'IRC se caractérise au Maroc par le pourcentage très faible des patients pris en charge. En effet, le nombre de patients hémodialysés est d'environ 3500, ce qui représente près de 5% de l'ensemble de personnes à insuffisance rénale. Pour ce qui est des transplantés rénaux, le nombre cumulé est encore très faible et ne dépasse guère la centaine. Ceci malgré la conjugaison des efforts du secteur libéral, du secteur public, des ONG. Le nombre des centres de dialyse reste faible, répartis sur tout le territoire national, et dont les trois quart sont privés.
La répartition de ces centres montre, par ailleurs, que 40% des centres se trouvent dans l'axe Casablanca-Rabat. Le secteur libéral joue un rôle essentiel dans la progression des centres d'hémodialyse avec 60% des unités. Sans oublier la prise en charge systématique en hémodialyse pour tous les adhérents de la CNOPS. Selon les secteurs, les centres d'hémodialyse au Maroc sont répartis de manière suivante : 25 pour hôpitaux publics; 51 centres privés; 2 centres mutualistes; 7 centres de la CNSS.
Statistiques
Une étude réalisée au Maroc sur 985 hémodialysés a mis en exergue certaines particularités de l'IRC au Maroc. La répartition des patients selon la prise en charge sociale distingue 45,62% des indigents, 32,12% des mutualistes et 23,19% des payants. Le suivi par un néphrologue variait entre 10,3 à 25%. Parmi les néphropathies préexistantes à l'IRC, on trouve la glomérulonéphrite chronique, le diabète, l'HTA. L'incidence de l'hépatite virale B était limitée entre 8,01 à lO,87% grâce à la vaccination contre l'hépatite B. La prévalence de l'hépatite C est importante avec 8,6 à 56% des cas. Le pourcentage de patients transfusés variait de 20,69 à 64% . La sérologie du VIH, quand elle était réalisée, était négative. Les infections associées étaient dominées par la tuberculose à localisation extrapulmonaire. Les septicémies ont été observées dans 5,27% des cas.
La mortalité reste élevée avec une moyenne de 4,56 à 21,45%. Les principales causes de décès sont les affections cardiovasculaires et infectieuses, ainsi que l'arrêt du traitement de suppléance.
La couverture médicale du Royaume par les néphrologues reste insuffisante, lesquels sont concentrés dans l'axe Casablanca - Rabat.
La transplantation rénale est confiée au secteur public, par la loi 16/98 relative au don, prélèvement et à la transplantation. Toutes les études comparatives montrent qu'à moyen et long terme, la transplantation rénale s'avère moins onéreuse que la dialyse lorsqu'elle est réussie.
Suggestions
Pour encadrer et promouvoir cette thérapeutique dans notre pays, un conseil national de transplantation d'organes et de tissus humains a été mis en place et constitue un jalon important dans l'édifice des institutions du système de santé marocain. Le ministère de la santé envisage un programme ambitieux d'équiper 24 centres d'hémodialyse dans le cadre d'une stratégie globale de prise en charge de l'IRC .
Nous souhaitons que cette stratégie soit élaborée avec la collaboration du corps médical et des gens du terrain. Dans cette optique, nous proposons quelques réflexions, qui nous semble pertinentes :
- L'incitation des médecins à la spécialisation en néphrologie.
- La multiplication des centres d'hémodialyse.
- Des incitations fiscales au secteur libéral à s'installer dans des régions dépourvues des centres d'hémodialyse.
- La motivation du secteur public par la discussion et la critique publiques des prestations et de la qualité des soins de santé.
- Un programme national de la promotion de la transplantation rénale.
- La constitution d'un registre national dans toutes les régions du pays.
- La constitution d'un centre de suivi des patients transplantés.
- L'établissement d'une institution d'intéret général qui veille sur l'accessibilité des patients, le protocole thérapeutique, la recherche médicale, la coordination entre les hôpitaux et sur la prévention en organisant des campagnes de dépistage de l'IRC.
En guise de conclusion, le Maroc a parcouru des étapes très importantes en matière de traitement de suppléance de l’IRC, mais les besoins sont énormes. Un engagement des acteurs politiques, médicales, économiques et des ONG peut relever le défi du traitement de suppléance de l'lRC de tous les patients qui sont atteints chaque année de cette affection
DR MOURABIT MOSSADEK
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